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Les mots qu’on ne comprend pas

15 Mar

Je révèle rarement aux gens que je rencontre (essentiellement au boulot ou même dans la famille), que j’écoute de la pop japonaise ou coréenne.  Parce que je ne supporte pas de devoir répondre à la question qui leur brûlera les lèvres à ce moment-là : « Mais tu comprends ce qu’ils disent ? »
Parce que évidemment non, je ne comprends pas, à part quelques mots de-ci de-là, échappés d’une année où je me suis perdue en fac de japonais. Et pourtant j’aime bien (des fois j’aime encore plus quand j’ai les traductions des paroles, parce que j’écoute des groupes vraiment cons, mais ça c’est une autre histoire)
Le fait est que toute ma culture musicale s’est construite sur des paroles que je ne comprenais pas. On fait tous ça. Parce qu’on n’était pas sourds quand, tout petit, on rampait sur le sol du salon pendant que papa-maman plaçaient le diamant sur un vinyl des années 70 (80 pour les plus jeunes d’entre vous)
Ainsi pendant des années j’ai écouté et aimé les chansons de Jean Ferrat sans jamais comprendre de quoi cela parlait. J’ai été très étonnée d’apprendre que c’était un chanteur plutôt de gauche, puisque pour moi ses chansons me faisaient voyager dans des mondes proches des contes de fée et du Casse-Noisette (pourquoi, alors là, mon imagination enfantine devait être encore plus barrée que celle que j’ai aujourd’hui) Et donc sans comprendre les textes, j’aimais ses chansons, que je devinais profondément mélancoliques et pourtant très calmes et rassurantes.
Pendant longtemps, alors que j’étais un peu plus âgée, les paroles de Francis Cabrel sur Tout le monde y pense me parlaient littéralement d’anges déchus et de peaux moites dans des souterrains infernaux (j’avais 12 ans, je devais faire peur)
Je pense que tout le monde a aussi aimé son groupe de rock us ou brit préféré avant d’avoir 18/20 en compréhension orale en anglais. Fabuleux hasard que je tombe dingue de REM avant de savoir ce qui était écrit et de me rendre compte que cela me correspondait totalement.
Tout ça pour arriver à l’origine de cet article : la mort d’Alain Bashung hier.
A la maison, on n’a jamais eu d’album de Bashung, alors je ne connais que les singles passés à la télé ou à la radio. J’aimais beaucoup Joséphine et j’éprouvais de la tristesse pour Madame rêve. Et pourtant je ne comprenais rien aux paroles. Il a fallu attendre Ma Petite Entreprise pour que je me prenne l’érotisme et la sensualité et l’humour aussi du grand homme en pleine poire, et pour que je me rende compte à quel point pourquoi je l’aimais.
Je regrette presque aujourd’hui d’être trop vieille pour ne plus me laisser juste séduire par des mots qui ne seraient que l’accompagnement d’instruments de musique, et non pas le sens d’une chanson (d’ailleurs souvent comprendre tout de suite le sens d’une chanson en retire beaucoup du charme, si charme il devait y avoir)

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Publié par le 15 mars 2009 dans Non classé

 

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