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Les inspirations fantasmées

03 Avr

Ce matin je suis sortie de chez moi.
Cette situation pourrait paraître des plus banales si on ne prenait en considération deux faits : tout d’abord un état à demi fiévreux et une tension portée à 10 à tout casser due à une sale bronchite qui me tient enfermée depuis mercredi midi ; et ensuite j’habite à Strasbourg.
Si vous suivez les niouz vous savez que la ville est un peu bouclée. Ce que vous ne savez pas, c’est que Strasbourg est une petite ville. A partir du moment où vous bloquez à toute circulation deux quartiers et les autoroutes, la ville est morte (je ne vous parle même pas des missiles SolAir placés dans les champs de patates)
J’habite un quartier calme et relativement éloigné du noyau dangereux (pour l’instant), mais le simple fait de savoir qu’à huit cent mètres il devait y avoir des cars de flics et de militaires, ça procure au dehors une atmosphère très particulière. Les rues semblent plus vides, les abords des écoles et collèges trop calmes, l’université trop déserte. Les rideaux fermés des commerçants prennent une toute autre dimension. On a l’impression de voir la tension dans le visage des petits vieux croisés au supermarché (je suis sortie pour faire mes courses en fait)
Mais tout cela n’est peut-être effectivement qu’une impression. Une vague peur multipliée par la fièvre. On est vendredi matin, les gens actifs sont au boulot (ou en RTT en train de roupiller ou loin, très loin de la ville, en week-end), la Fac est peut-être fermée, les élèves sont sans doute en cours car on est loin de l’heure de la récré. Et ces rideaux fermés sont ceux des restaurants, qui n’ouvrent que plus tard.
Bizarre ce que deux semaines de tensions (tu vas faire un tour au centre-ville, tu croises trois flics tous les cent mètres), ces deux mois de on-dit et de rumeurs, ces flashs infos à la radio peuvent ajouter comme « valeur ajoutée » au simple voyage entre une porte d’appartement et un supermarché.
Ca m’a rappelé le jour où j’ai débarqué toute seule Gare de l’Est, auréolée d’un tout récent diplôme de Bac (ce voyage à Paris était mon cadeau). Et voilà que sur le quai je croise mon premier militaire, mitraillette en bandoulière. Une vraie arme qui peut tuer. A cette époque lointaine (1995), le plan Vigipirate était un terme tout nouveau dans les têtes, et franchement, j’ai eu la trouille. Une trouille mêlée d’excitation.
Comme ce jour un peu plus tard, la veille d’une réunion nationale du FN à Strasbourg. On passe en voiture devant le parking d’un grand hôtel où doit se passer cette réunion. A l’entrée du parking, deux ou trois mecs en costard, et deux skins. Ils nous ont regardé passés, peut-être parce qu’ils s’ennuyaient et qu’on était la seule bagnole à passer à ce moment-là. La peur excitante qui s’est instillée dans ma tête alors était due à 90% à ce que je savais et à ce que je fantasmais, et 10% par les regards froids de ces militants.
Et plus que l’envie pressante de rentrer chez moi et de retrouver un endroit sûr, tout ce que je me suis dite ce matin, en portant mes bouteilles de coca (excellente association de sucre et de caféine pour se remettre de quatre jours de maladie, dixit mon ancien médecin de famille), c’était si je serai capable de retranscrire une telle atmosphère par écrit. Parce que cela tient effectivement bien plus de l’atmosphère que des faits et des actions. Quelque chose d’absolument intouchable, très difficile à retranscrire.
Je regrette même de ne pas pouvoir aller bosser aujourd’hui, de ne pas avoir la chance de voir ça d’un peu plus près.
Enfin, on verra ça à la télé ce soir, ou en ouvrant mes fenêtre, au cas où j’aurai plus d’un hélicoptère au-dessus de ma tête (ce qui risque d’arriver, on en a au moins un par jour en ce moment)

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Publié par le 3 avril 2009 dans écriture

 

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