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Explications…

01 Fév

Faire ma pute, ou comment trois mots ont été un peu mal compris.
Je pourrais arguer qu’en fait, j’utilisais le vocabulaire de la Banlieue, et qu’en fait, quand je disais « faire ma pute pour arriver à me faire éditer », ça voulait dire que j’étais prête à devenir asociale et égoïste pour bosser et arriver à mes fins. Mais ce serait malhonnête, en plus d’être complètement faux.
Donc faire ma pute, c’est à dire séduire et me laisser faire par des décideurs hauts placés, qui ont le doigt sur les cordons de la bourse et, plus prosaïquement, sur les contrats d’édition. Obéir à une politique éditoriale quitte à trahir mon oeuvre. Ok.
Sauf que non.
Retour en arrière, des années en arrière, surtout à partir du moment où j’ai commencé à bosser.
Je suis quelqu’un de plutôt effacé, de discret et pas vraiment charismatique au premier abord. D’ailleurs certains de mes anciens patrons l’avaient bien compris, et ce n’est que mon éternelle naïveté et mon énorme propension à avoir la tête ailleurs qui m’ont sauvée de la réalisation que je me faisais totalement marcher dessus.
A un moment donné, je me suis quand même rendue compte que ça ne marcherait pas longtemps comme ça. Pourtant, je ne me suis jamais sentie capable d’aller devant quelqu’un (la plupart du temps un supérieur) et de lui dire de but en blanc que ma méthode c’est celle-là et que je suis assez grande pour me débrouiller toute seule. Non, en fait je préfère faire mes premières semaines de contrat en versant une triple dose de diplomatie dans mon café du matin, avant de me forger moi-même, un peu sournoisement, mon espace d’indépendance.
Pendant ce temps d’inertie où je dis oui et d’accord à quasiment tout, j’observe et je séduis. Je suis d’un naturel aimable, et ce n’est pas très difficile. Après, tout devient plus facile. Même si je ronge mon frein en travaillant d’une manière que je juge ringarde ou inefficace ou carrément débile, ce n’est pas grave, parce que je sais qu’à partir du moment où j’aurai prouvé que je sais parfaitement faire ce que je fais, ça ira mieux : soit le big boss me laisse mon indépendance, soit je la prend toute seule, parce que je suis sûre de moi, et que rien ne peut alors me faire croire le contraire.
Et tout devient plus facile.
Alors pourquoi cette méthode ne marcherait pas pour la publication ?
Qui a-t-il de mal à refourguer aux éditeurs un sujet à la mode et très ciblé si cela pourra me permettre ensuite de publier MON roman post-apocalyptique à la narration destructurée (que j’ai vraiment écrit en plus, mais j’y reviendrai quand je parlerai de La Route) ?
Qui a-t-il de mal à faire la pute si cela fait partie du plan beaucoup plus sournois / efficace d’avoir au moins quelques lecteurs attentifs et « puissants » ?
Alors à partir de là il y a les gens qui aiment bien ce que j’écris, et qui comprendront peut-être ma légère mégalomanie, et ceux qui n’aiment pas, ou qui n’ont jamais lu, et qui penseront que j’ai une tête trop grosse pour passer les portes et que je proute un peu trop haut pour mon misérable niveau.
Je ne compte pas publier un seul livre. Je ne vais pas mettre tout mon coeur, toute mon honnêteté intellectuelle, toute mon intégrité dans une seule histoire. Alors le sacrifice diplomate et consensuel ne me paraît pas si horrible.

Voilà, c’était ça que je voulais dire en utilisant l’expression « faire ma pute ».
Et j’espère que cette fois-ci c’était assez clair. Sinon je laisse tomber ^^

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5 Commentaires

Publié par le 1 février 2009 dans écriture

 

5 réponses à “Explications…

  1. intercalaire

    1 février 2009 at 10:56

    (Yay ! Tu as été super rapide finalement ! )
    En fait, je crois que l’incompréhension entre nous sur ce sujet tient à deux choses qui me sont apparues clairement en te lisant ! 😀

    – Je me suis beaucoup reconnue dans ce que tu décris. Moi aussi je me fonds dans la masse pour accéder à un poste à responsabilité et pour qu’on me fiche la paix et il n’y a d’ailleurs pas si longtemps que ça, je passais un oral où j’ai du « me vendre » suivant des critères que je trouve absurde. Mais je me suis fondue dans le moule parce qu’il n’y a que comme ça qu’on y arrive parfois.
    Cependant, peut-être pour éviter de trop penser au côté pas très moral de tout ça (enfin pas très moral dans ma morale personnelle), je n’appelle pas ça « faire la pute ».
    Ces termes sont pour moi beaucoup plus forts et désigne autre chose que ça.

    – Mais, même si ça n’était pas le cas, en matière d’art (au sens large), cette pratique me gêne beaucoup. J’utilise depuis très longtemps le dessin et l’écriture comme une sorte d’échappatoire. Cela me permet de déconnecter de la vraie vie et de tout ce que cela représente, y compris le fait d’être brimée par les conventions et d’avoir à se couler dans un moule. Cela me permet d’exprimer ce que je suis vraiment, sans masques et sans limites (à part les miennes bien sûr). Du coup, lorsque la vraie vie rattrape cette bulle un petit peu naïve que je créé autour d’une vision très noble et très pure de l’art, cela me rend triste et cela me gêne.
    Je pense donc que je ne pourrais jamais être d’accord avec ce procédé, même si je le comprends et que je sais que parfois on ne peut pas faire autrement.
    (tu sais, ça rejoins un peu notre conversation sur l’armée. Ca montre mon côté totalement schizophrène ^^)

     
  2. elicad

    1 février 2009 at 2:44

    Marie> Si j’avais des illusions sur l' »Art pur » je les ai toutes perdues en entrant à la Fac. De plus, j’ai une très grande fascination pour les peintres qui étaient DANS le système et qui ont, ou pas, explosé le système de l’intérieur. J’aime beaucoup bien sûr le romantisme des impressionnistes « urbains » (Toulouse Lautrec, Manet, etc), mais les « indépendants » m’ont toujours moins intéressée que les non-indépendants.
    Que ce soit dans la renaissance italienne où de toute façon ils n’avaient pas le choix et devaient faire quelques concessions pour peindre ce qu’ils voulaient (genre peindre des Jean pour représenter leurs propres fantasmes homosexuels, ou peindre des Judith pour extérioriser un viol… oui j’aime le caravagisme<3), ou dans les périodes modernes. J’ai toujours eu plus d’admiration pour Ingres que pour Delacroix de toute façon.
    Ca peut passer pour de la "putasserie" et c’est le cas pour 80% de ces artistes, ça peut passer pour de l’hypocrisie aussi, mais je pense surtout qu’il s’agit d’une forme de (maintenant je ne trouve plus le mot, mais il s’agit de profiter d’une occasion pour arriver à ses fins, même de façon détournée ou implicite)
    Je n’oublie pas non plus que si Alexandre Dumas n’avait pas été au moins un peu dans le sens du public et n’avait pas eu de succès, il n’aurait sans doute jamais pu finir les Trois Mousquetaires (qui paraissait sous forme d’épisodes)
    Donc la naïveté, je ne l’ai plus, mais par contre je sais aussi que le fait de se laisser un peu faire n’est pas forcément un gage de médiocrité. Il suffit juste de savoir faire le juste équilibre, d’être assez intelligent pour arriver à un bon résultat. Alors peut-être que si un jour l’occasion se présente à moi (mais j’espère bien sûr ne pas en avoir à passer par là), je n’y arriverai peut-être pas, mais la méthode en elle-même ne me paraît pas si immorale que ça.

    Et puis oui, j’ai tendance à utiliser des mots forts ^^

     
  3. Boite en carton

    1 février 2009 at 7:10

    Finalement, on s’était bien compris.
    On fait tous ça à un moment ou à un autre, surtout dans le boulot où parfois un « oui, chef, vous avez raison » évite bien des ennuis sans changer quoi que se soit à la réalité que de toute façon c’est vous qui faites le boulot et que ce qui compte, c’est qu’il soit fait.

    Dans la peinture, cela me semble un système différent. c’est pas un éditeur mais un patron qu’on satisfait. On est payé pour une commande. ça revient à satisfaire son employeur.

    Je ne sais pas pour vous, mais je fais une différence entre faire le boulot qu’on nous a commandé de façon à satisfaire l’employeur et faire un boulot personnel volontairement de façon à plaire et à faire vendre quitte à faire des concessions plus ou moins grandes avec soi-même.

    Après, tout est une question d’où est-ce qu’on est prêt à aller pour atteindre son but, juste flirter ou coucher carrément ? Il y en a que ça dérange, d’autres qui pensent que la fin justifie les moyens, et pourquoi pas ? Si c’est ton cas, il n’est pas vraiment utile de se justifier autant.

    Au boulot, tu es déjà payé par celui qui te demande de faire un truc que tu trouves stupide. la séduction, c’était le CV et l’entretien d’embauche.
    Pour la publication, tu cherches à te faire payer et à séduire. Est-ce tu le fais en présentant un truc qui est vraiment toi ou un mensonge dont la taille est variable selon les concessions que tu es prête à faire ?

    Un premier livre, ce n’est pas la garantie d’une seconde publication. Combien de mensonge alors ? 5 ? 10 ? pour être sure que ton toi véritable soit un jour accepté ? Mentir pour être accepté ne me semble pas la méthode la plus logique… Mais je n’éprouve pas ce besoin de publication à tout prix donc je ne saurais mettre à ta place la limite (s’il y en a une) entre les concessions et le but final.

    Si tu dis : Voilà, mon but est d’être publiée un jour et pour cela je suis prête à la faire la pute, eh ben pourquoi pas ? je suis bien mal placé pour dire si c’est bien ou pas. si c’est le bon choix sur le long terme ou pas.
    L’essentiel est d’être en accord avec soi-même et déterminé sinon, ça nous retombe un jour ou l’autre sur le coin de la gueule.

     
  4. elicad

    1 février 2009 at 11:16

    Boîte en carton> C’est bien, on est en fait d’accord qu’on n’est pas d’accord, ce qui ne me change pas de mes échanges avec Marie 🙂
    Bon en même temps, comme dit, j’espère ne jamais avoir à passer par là, soit que l’envie d’être éditée passe avec le temps et une reconnaissance professionnelle autre (ce qui comblerait le besoin de reconnaissance que j’avais exposé en com’ sur l’article de Marie), soit que je sois éditée directos, comme ça (parce qu’il faut continuer à rêver)
    Et je tiens à dire que ton com’ sur un des textes que tu avais lu m’a fait énormément plaisir. C’est ce genre de petites attentions qui me permettent de continuer (reportons les introspections au mois prochain, pour le prochain article rempli de considérations personnelles sur la vie, la mort et l’écriture ^^)

     
  5. Boite en carton

    2 février 2009 at 11:24

    elicad> Je ne peux même pas dire que je ne suis pas d’accord, je suis plus dans l’incompréhension, alors je m’efforce de ne pas juger. Ce serait comme reprocher à qqun de voler pour se nourrir lorsqu’on a pas connu la faim.
    Donc mon « je ne comprends pas » essaie de ne pas être négatif.

     

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