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[REVIEW] The Wire ; Sur Ecoute

06 Déc

Il s’agit d’un vieil homme, maigre, aux rares cheveux blanchis et à la diction lente et mesurée. Cet homme noir est pasteur, homme d’église, lien social entre tant d’autres hommes noirs de la ville de Baltimore. Personnage sur le côtés des autres personnages de The Wire, cet homme est joué par Melvin Williams qui fut aussi l’inspiration réelle d’Avon Barcksdale, le caïd de The Wire.

 

Ce fait, qui pourrait n’être qu’une amusante anecdote de production révèle pourtant beaucoup de choses sur The Wire : le réalisme d’abord de la série, mais aussi son absence totale de manichéisme par une description subtile et jamais caricaturale de ses « héros ».

The Wire est une série sur la ville censément la plus dangereuse des Etats-Unis, Baltimore, une ville à majorité de population noire, pauvre et au chômage grandissant. La première saison (sur cinq) dévoile au spectateur cet espace hyper violent, où les flics tentent de coincer les trafiquants de drogue. Sur ce point de départ banal, les scénaristes de The Wire prennent leur temps : chaque saison ne contient qu’un seul et unique arc, développé en douze à treize épisodes d’une heure chacun. Cela laisse largement le temps de s’intéresser aux personnages, à tous les personnages sans exception, et de dépasser complètement les clichés éculés des autres séries policières.

Les flics… figures typiques malmenées
(le pistonné, l’arriviste, le justicier, le vieux de la vieille, la juge et la lesbienne) 

Ainsi les premiers épisodes nous présentent le « héros » flic, McNulty, blanc, indiscipliné et écoeuré par le système (il vient de voir sa dernière prise, le dealer Dee’Angelo, se faire libérer par manque de témoins) Mais voilà, il s’avère que McNulty est plus empressé de faire c…. ses supérieurs que d’être un justicier, qu’il est un père irresponsable, qu’il a une attitude auto destructrice à base d’alcool et d’accidents de voiture. Face à lui se trouvent Avon Barcksdale et son complice Stringer, le petit caïd des rues devenu chef du trafic de drogue de Baltimore et son second, un intello qui applique les règles de l’économie capitaliste (qu’il étudie à l’université) au marché de la drogue. Lequel est le pire ? Le violent ou l’intello ? Et le chef de police qui lit des magazines porno dans son bureau est-il simplement un gros mysogine ? Et la fliquette lesbienne est-elle si courageuse que ça ? Et ce dealer, Dee’Angelo, n’est-il pas là juste parce qu’il est né au mauvais moment au mauvais endroit ? Et quid des violences policières, des liens du sang et de l’implacable logique sociale de tout cela ?

The Wire n’est pas une série drôle (même si l’on rit de temps en temps) mais c’est une série incroyablement jouissive et aussi, mine de rien, très didactique. Chaque saison se pose sur un thème bien particulier : le trafic de drogue en « banlieue » dans la première, les trafics et la menace du chômage dans la seconde (incursion exotique et étrange dans la mafia polonaise), la politique dans la troisième, l’éducation dans la (magistrale) quatrième et les médias dans la cinquième et dernière (pas encore visionnée). Et les scénaristes démontent et montrent les mécanismes soient trop bien ou trop mal huilés, qui mènent à la violence. Fantastique plongée dans le milieu des « jeunes de banlieues » (au départ rôles de second plan, petits bonhommes de 7 ou 8 ans dans les cours d’immeubles, puis premiers rôles dans la quatrième saison), The Wire est une description sans concession de mécanismes devant lesquels on a plutôt tendance à se mettre de sacrées oeillères.

Il y a bien entendu des soupçons d’optimisme, notamment dans le parallèle entre deux enfants de la drogue, Dee’Angelo, neveu d’un baron de la drogue, et Namond, fils d’un bras droit. Oui, on peut s’en sortir… peut-être. Il existe des policiers intègres, des dealers qui ont un « code » et des politiciens cleans (plus ou moins) Mais ils sont rares, et le constat verse plutôt dans le pessimisme.

Les enfants, même figures, même approfondissement que les adultes.
(Le Quart-Monde, l’enfant placé, le gentil garçon et le fils de dealer)

Il faut ajouter à cette écriture magistrale un grand sens de la mise en scène ainsi qu’un casting hallucinant, que se soit dans les premiers ou les seconds rôles, chez les adultes aussi bien que chez les enfants. Je ne pourrais faire de mention spéciale tant les personnages sont nombreux, mais de mémoire, j’en ai quelques-uns qui me viennent à l’esprit, de ces personnages fictifs qui prennent aux tripes, littéralement : Omar (une exception parmi tout le reste, seul personnage véritablement « héroïque », une espèce de cowboy noir et homosexuel perdu au milieu de tout ça), Bubs, Duquan, Boodie, Dee’Angelo, Marlo (aucune attache affective pour celui-là, mais un sacré charisme), Stringer (idem), Snoop, et je vais en laisser quelques-uns aux flics, surtout Prez (pour déformation professionnelle) et Carv, dont l’évolution prête à l’optimisme.

Je conseille The Wire à tout le monde, et je suis même prête à reprendre la qualificatif de « meilleure série jamais diffusée » utilisée par certains médias US pour vous convaincre !

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1 commentaire

Publié par le 6 décembre 2008 dans Non classé

 

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Une réponse à “[REVIEW] The Wire ; Sur Ecoute

  1. L'Aiguille

    20 décembre 2008 at 2:47

    Je suis tout à fait d’accord!

     

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