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Philosophie de l’énervement

16 Oct

Le titre de ce billet pourrait se poser sous forme de question : « Suis-je élitiste ? »

Je me suis souvent demandée si je ne prenais pas, inconsciemment, les gens de haut.

J’avoue tout de suite que j’ai une posture volontiers très élitiste au niveau du cinéma. Non seulement parce que je suis une fan ultime du cinéaste indie Gus Van Sant, non seulement parce que j’ai vu Dead Man de Jim Jarmusch sans m’endormir, non seulement parce que oui, j’ai aimé toute la filmographie de David Cronenberg, mais aussi parce que je fais partie de l’élite « série B », vous savez, ces geeks qui connaissaient Peter Jackson avant le Seigneur des Anneaux et James Cameron avant Titanic. Et je vais encore plus loin ! J’aime aussi le cinéma français. Et je déteste Luc Besson (et Michael Bay et Joel Schumacher, bref j’aime pas les blockbusters bas du front) Je suis donc un peu une élitiste de merde, qui en plus préfère regarder les films en VO, même les films de super héros.

Mais ça, ça ne me dérange pas, parce qu’il faut bien avouer que les films de Michael Bay et Joel Schumacher sont vraiment nuls, et que c’est bien vu dans certains milieux plutôt geeks de détester Luc Besson. En plus je m’en fous, bizarrement je trouve que l’expérience cinématographique est plutôt un truc personnel que je ne partage pas forcément ou alors avec 2 ou 3 personnes pas plus.

Et puis avouons-le, ça ne me gène pas de regarder un film vraiment nul, genre un feuilleton romano-canadien de l’après-midi ou un bon film de bestioles avec du sang ketchup.

Par contre j’ai beaucoup de mal à lire un mauvais livre, un livre mal écrit, mal foutu ou simplement… mauvais. Je n’arrive même pas (vraiment) à en rire. Je n’arrive pas à en faire des critiques constructives et raisonnées. Je n’arrive pas à m’en détacher assez pour expliquer au mieux mon ennui, au pire ma colère.

C’est extrêmement agaçant parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour une élitiste, justement. Je n’en suis pas une ! Ma culture littéraire est entièrement à faire, j’ai des trous énormes dans ma bibliothèque, je trouve certains classiques vraiment chiants (je n’ai jamais fini le premier chapitre, voire la première page, d’un Proust ou d’un Asimov), et, sincèrement, je n’ai pas l’impression de lire beaucoup. Je ne me sens pas différente de la majorité du public lecteur, même si, en recomptant, j’arrive à une vingtaine de livres lus par an.

Ne me sentant pas particulièrement élitiste, j’ai envie de montrer aux gens d’autres auteurs, d’autres livres, des choses que j’ai aimées, et d’autres moins. J’ai envie de discuter, mais à chaque fois je me retrouve entre de vrais bibliophiles qui lisent beaucoup plus (et j’ai souvent l’impression, beaucoup mieux) que moi, et le « grand public » (que je suis vraiment loin de juger) qui n’ira jamais voir que mon article sur Fascination et ira soit m’insulter (si, si) soit me dire que j’ai trop attendu du livre et que je suis passée à côté de l’histoire d’amour derrière les (mauvais) mots.

Bon forcément je me retrouve crashée contre le mur infranchissable du monde merveilleux de l’internet qui est « écoute ce que j’ai à dire mais je ne lirais pas ce que toi tu écris ». Je suis certaine que j’aurai beaucoup plus de succès dans des forums spécialisés ou dans un club de lecture, mais ce n’est pas le bibliophile que je veux rencontrer et secouer ! Au bout d’un moment, j’ai le petit espoir que le lecteur de Stephenie Meyer (ou Musso, ou Levy, ou qui que ce soit d’autre) passera ici et regardera autre chose, les autres articles. Et j’ai très souvent envie de lui mettre un bouquin de force entre les mains, parce que bon sang, à douze ans je suis entrée dans le CDI de mon collège et j’ai cru que Victor Hugo faisait partie de l’Ecole des Loisirs ! Et que ça ne m’a posé aucun problème ! (même si j’ai sauté les descriptions) Et bon sang, ce genre d’expérience n’est pas réservé à une petite fille de fonctionnaires qui avaient une bibliothèque ! On ne va pas me faire croire que le « grand public » est incapable de s’intéresser à autre chose qu’aux trucs qu’on lui vend ! C’est une réflexion insultante pour son intelligence et pour la culture (mais évidemment à force de dire à la télé que la culture c’est chiant et bobo, forcément…)

Je refuse de m’enfermer dans une tour de geek, parce que, contrairement au cinéma, la lecture, je veux la partager !

Et je suis très énervée parce que demain j’ai un rendez-vous très important et que ça fait aussi deux semaines que j’ai un très très mauvais blocages au niveau de l’écriture.

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6 Commentaires

Publié par le 16 octobre 2008 dans lectures

 

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6 réponses à “Philosophie de l’énervement

  1. intercalaire

    16 octobre 2008 at 9:22

    En fait, je t’ai déjà dis tout ce que je pensais et ça ne fait que confirmer la conclusion de notre discussion.
    Tu es celle qui « secoue », je suis celle qui modère et qui rassure. A nous deux on fera de grandes choses ! (demain le monde peut-être ?!)

    Sbire de Maître du Monde, ça me va tout à fait comme job. Tu offres le 13ème mois aussi ?

     
  2. Boite en carton

    17 octobre 2008 at 2:11

    C’est peut-être le ton employé dans les articles… Un ton un peu professoral et impersonnel, qui donnent l’impression de certitude sous-jacente du bien et du mal. Genre ce qui est grand public, c’est mal et ce qui est original, indie, underground, c’est bien (ouais, je GROSSIS le trait 🙂 )

    Alors qu’on n’aime la même chose que toi c’est bien, mais sinon tes critiques ne laisse pas tellement la place à une autre opinion et on se sent acculé.
    Parce qu’on n’a pas l’impression en te lisant que c’est ton point de vue personnel que tu affiches mais des vérités générales.
    Je suis un peu dur peut-être et je ne pense pas un instant que tu sois une bobo pédante qui tentent d’imposer aux masses ignorante la Vérité de ce qui est Bien, mais…
    Mais quand tu écris des trucs comme « On ne va pas me faire croire que le « grand public » est incapable de s’intéresser à autre chose qu’aux trucs qu’on lui vend ! C’est une réflexion insultante pour son intelligence et pour la culture(…) » ça en donne quand même un peu l’impression…

    Bref, je pense que c’est une question de style, mais je me trompe peut-être, c’est mon ressenti en tout cas.
    D’un autre coté, j’admire cette capacité à mettre à nu ses gouts, sa personnalité, ses certitudes devant tant de gens. Il faut du courage pour le faire. Il faut des certitudes fortes pour oser les confronter aux autres au risque qu’elles soient rabrouée- elles sont jugées, de toute façons…
    C’est en même temps ce qui te dessert : afficher trop de certitudes donne l’impression d’être hautaine et élitistes dès qu’elles sont à contre-courant.

    Bon courage pour ton RDV. J’espère qu’il va bien ce passer. J’admire les personnes de conviction qui osent meurs convictions.

    Faut que je fasse gaffe pour le ton professoral alors. Ceci dit, sur ce blog, j’ai du poster 2/3 mauvaises critiques, sur tous les bouquins dont j’ai fait une review, donc finalement tout est une question de point de vue. L’article sur Fascination étant celui qui a engendré le plus de réactions, j’ai commencé à me poser des questions. Bah, le prochain article sera dithyrambique donc ça va rééquilibrer le tout ;p

     
  3. Boite en carton

    17 octobre 2008 at 2:12

    leurs convictions, pas meurs convictions 😀 !!!

     
  4. Michel

    20 octobre 2008 at 7:36

    Très subjectif la notion l’élitisme !

    Par exemple, Asimov est un très très grand ! il a créé les lois de la robotique ! Elles sont repris par tous les auteurs !
    Ok c’est pas une écriture géniale, mais il fait partie de l’élite des écrivains de SF. pas de ton élitisme mais celui d’autres…

    Chacun ses valeurs !

    C’est pas faux ! Comme on dit qu’on est toujours le c** de quelqu’un, on est aussi toujours l’élitiste de quelqu’un, ou le « noob » dans le cas inverse.

     
  5. Arysuh

    20 octobre 2008 at 10:31

    J’adhère complètement à ce qu’a écrit Boîte en carton, je n’aurais pas pu l’exprimer mieux, je suis très loin d’être aussi diplomate.

    – C’est d’la merde.
    – Euh… J’ai bien aimé…
    – M’en fous. C’est d’la merde.

    🙂

    Célia : En fait ce qui « m’embête » le plus, c’est que finalement je suis beaucoup plus diplomate en « vrai » que sur mon blog. J’ai pas très envie que les gens croient que je suis une sale bête alors que je le suis pas. Remarque en fait je m’en fous, après tout c’est mon blog ^^;

     
  6. Boite en carton

    21 octobre 2008 at 10:25

    oui, c’est ton blog, tu as parfaitement le droit de de dire que tu n’as pas aimé un bouquin. Que d’autres se sentent agressés par une critique mauvaise mais constructive, et bien tant pis pour eux. J’ai envie de dire « on s’en fout, tu ne les connais pas » mais c’est pas si simple. Si tu écris un blog, c’est que tu as des choses à partager et pas du négatif (à moins d’avoir de tendances maso)…

    (tu as des tendances maso ??)

    Le problème, finalement c’est le manque de dialogue et d’espace pour défendre l’œuvre qu’on aime. du coup, c’est la frustration et hop, on se libère d’un « ce livre est génial ! si t’as pas aimé, c’est toi qu’est nul! et c’est le premier qui dit qui l’est! » (en gros quoi)
    La critique de la critique a une valeur négative sur l’échelle de valeur des critiques, mais de toute façon ce n’est pas un acte littéraire, c’est un acte de défense.

     

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