Fraizochocolat

février 6, 2008

The Lost Room : bienvenus au motel

Classé dans : série — Tags : — elicad @ 11:29

The Lost Room.
Mini-série américaine en trois épisodes de 80 minutes.

Vous avez peut-être eu le chance regarder The Lost Room lors de son passage sur M6 à la rentrée. Pour ma part, j’ai dévoré cette mini-série en deux jours, à raison d’un épisode par repas plus un en soirée.
L’histoire est à la fois très simple et très compliquée. Et, bien que je ne connaisse pas toute la filmographie du monsieur, c’est à David Lynch que j’ai pensé tout au long de mon visionnage. Non pas que The Lost Room soit un objet opaque et incompréhensible. Disons plutôt qu’une certaine ambiance, et la faculté très particulière à rendre l’extraordinaire normal, et l’ordinaire complètement décalé, me font rapprocher The Lost Room des oeuvres de Lynch.

A la suite d’un étrange assassinat, l’inspecteur de police Joe Miller se retrouve à poursuivre un jeune délinquant qui ne cesse de lui filer entre les doigts. Le jour où ce dernier meurt, il confie à l’inspecteur une clé de motel étrange et “magique”. En effet, cette clé ouvre toutes les portes. Il ne s’agit pas d’un simple passe-partout, puisqu’en l’utilisant, on aterrit automatiquement dans une chambre de motel, vide. Et la porte de cette chambre donne sur toutes les autres portes du monde, pour autant qu’on sache où on va.
Joe Miller découvre peu à peu l’existence d’autres objets magiques, tous liés à cette chambre (notamment un stylo et un ticket de bus), et tous possédant un pouvoir différent, soit très inutile (cuire un oeuf dur), soit très effrayant (électrocuter). Mais l’affaire se complique lorsque sa fille se retrouve dans la chambre, sans la clé magique : elle disparaît purement et simplement. Joe Miller (accusé maintenant de meurtre et d’enlèvement) va devoir percer à jour le mystère de ces objets, fuir ou coopérer avec d’étranges personnages, afin de récupérer sa fille.

Outre le fait de laisser l’ordinaire se laisser peu à peu submerger par l’extraordianire, j’ai trouvé que le gros point fort de cette série était non pas de chercher à expliquer le pourquoi, mais plutôt de faire participer le spectateur, à travers Joe Miller, à un jeu de piste des plus passionnants. J’ai souvent pensé à ce jeu mythique sur PC auquel je jouais il y a quelques années, Myst. On se retrouvait sur une île dont on ne savait rien, à tenter de déchiffrer un langage inconnu, et à cherhcer et trouver des portes menant à d’autres lieux, a priori sans lien les uns avec les autres, mais qui, à partir du moment où l’on en comprenait le sens, trouvaient toute leur logique et dévoilaient le sens du monde, un monde sans ennemi mais bourré d’indices.
The Lost Room est un immense jeu de piste. Les esprits cartésiens auront sans aucun doute du mal à s’y attacher, car il n’y a vraiment, à aucun moment, de réponse, même s’il y a un élément déclencheur. Le héros ne cherche de réponses que pour retrouver sa fille, et non pour répondre à ses interrogations intellectuelles ou mystiques. C’est aussi la raison pour laquelle il coopère avec tous les personnages qu’il rencontre, et qu’il n’a, finalement, aucun autre ennemi que la chambre, même s’il risque sa vie de nombreuses fois.
La série est servie par une mise en scène plutôt sobre, une très bonne bande son, de très jolies lumières et un casting solide.

Deux problèmes subsistent cependant après visionnage. D’un, j’ai horriblement envie de rejouer à Myst, mais je n’ai pas de version compatible XP. De deux, j’ai encore honte de ne pas avoir reconnu en Joe Miller Peter Krause, l’interprète un peu pâlot (mais cela va si bien à ce rôle) de Nath dans Six Feet Under. A se demander si je suis vraiment une fan de séries télé… Tss…

janvier 10, 2008

La science-fiction intelligente

Classé dans : série — Tags : — elicad @ 2:27

 BSG
De g à d : William Adama,Présidente Laura Roslin, Lee Adama, Saul Tigh,
Starbuck, Chief, Boomer, Gaïus Baltar et 6

 

J’ai toujours eu quelques réserves face aux personnes ne s’en tenant qu’à un seul et unique genre artistique : les écrivains ne parlant que de littérature, les musiciens que de musique et les cinéastes que de cinéma. Cela me paraissait être une vision trop réductrice des choses, qui n’avait aucune logique.
J’ai choisi l’écriture, mais je ne suis pas une grande lectrice. Mes plus grandes inspirations, je les trouve dans la musique. Et même si j’ai mis quelques années à me rendre compte que c’est en lisant que je débloquais le plus ma propre écriture, la musique reste encore mon media préféré lorsqu’il s’agit de trouver de l’inspiration.
Il en va de même avec les images. J’ai une culture artistique que je pense être solide, je lis beaucoup de bandes dessinées (de tous horizons), et je regarde beaucoup, beaucoup de films et de séries télé. Et cela se retrouve, je suppose, dans ce que j’écris.
Tout ce blabla  pour en venir au sujet du jour, à savoir une série que j’ai découverte récemment et qui mérite toute attention, d’autant plus si vous aimez, soit la science-fiction, soit la politique-fiction, voire les deux.

Battlestar Galactica est donc une série télévisée de science-fiction, à tendance mystique, paranoïaque et politique. La quatrième saison va démarrer dans quelques mois aux Etats-Unis.
L’humanité a créé, des années auparavant, des robots, nommés cylons. Ceux-ci, à l’image des humanoïdes de Blade Runner, se sont révoltés. La guerre déclanchées entre l’humanité et les cylons a laissé de profondes blessures. Mais, les cylons s’étant retirés, l’humanité commence à respirer. Erreur, les cylons ont réussi à créer des modèles humanoïdes et font un coup de force en annihilant, en une seule attaque, la majorité de l’humanité. Ne restent que moins de 50,000 survivants, répartis dans les quelques vaisseaux ayant réussi à échapper aux attaques.
Voilà la situation après les dix premières minutes de la première saison. A partir de là, l’histoire commence vraiment.
Un navire militaire a survécu, le Battlestar Galactica, avec à sa tête le commandant William Adama. Il va devoir prendre un charge la protection de la flotte civile qui se constitue peu à peu. Dans toute autre histoire, on pourrait s’attendre à ce que la loi martiale soit immédiatement instituée, donnant au commandant Adama tous les droits, et que les civils le suivent sans rechigner.
Non. La dernière membre de l’ancien gouvernement encore vivante est élue présidente, et se met en place un équilibre incertain entre la nécessité du pouvoir et de l’exécutif militaire (le plus à même de se défendre face aux cylons), et la nécessité d’un pouvoir civil, celui qui donne la parole aux survivants et maintient la démocratie. Et à de nombreuses reprises, on est amené à se demander qui, entre le commandant et la présidente est le réel symbole de l’autoritarisme, et celui de la démocratie.
C’est cet état de fait, politique, social, sert de base à au moins la moitié des épisodes, et se retrouve aussi dans ceux traitant plus directement de la guerre contre les cylons.
L’ennemi est tout aussi peu monolithique que les « héros ». En prenant une enveloppe corporelle humaine, les cylons découvrent l’humanité. Ils pensent, réfléchissent, tentent de trouver un sens à leur vie. Cela en fait des êtres prêts à la compassion, mais si convaincus de leur supériorité que cette compassion ne jouera pas en la faveur de l’humanité. Se prenant pour les enfants de Dieu, les cylons sont prêts à tout pour créer une nouvelle humanité.

A ces deux trames principales, qui interagissent constamment, s’ajoutent des personnages complexes, et capables d’évoluer (pour le meilleur et le pire)
Si le commandant Adama reste, tout au long de la série, la pierre angulaire de l’humanité, par sa droiture (qui ne l’empêche pas de faire des erreurs) et sa force, les autres personnages frappent par leurs profondes humanités.
Il y a la présidente, ancienne maîtresse d’école, malade, qui se retrouve à la tête de 49,000 personnes pour lesquelles elle se doit de toujours prendre la bonne décision, alors qu’il n’en existe aucune.
Il y a Gaïus Baltar, génie, hanté par le génocide et par la figure de son amante morte, une cylon. Sa folie se mêle à un égoïsme et une envie d’être aimé et admiré, ce qui fait de Baltar le personnage le plus ambiguë de la série (voire de 99% des séries et films existants).
Les interrogations de ces trois personnages se posent dès le début de la série, mais, en fait, tous les autres arrivent, à un moment ou à un autre, à se poser des questions sur leurs choix et leurs façons de vivre. Aucun d’entre eux ne peut se targuer de prendre toujours la bonne décision, d’être un vrai gentil, à une exception près, le personnage de Starbuck, dont l’aspect très tête brûlée se creuse, au fil des épisodes, d’une fascinante complexité, mais de très peu de noirceur (du moins pas de noirceur « active », plutôt de très mauvais souvenirs)

En résumé, Battlestar Galactica est une série intelligente, une référence en matière de science-fiction qui mérite tout l’intérêt qu’on lui porte.
Attention, il ne s’agit pas d’une série optimiste, et la plupart des épisodes se terminent mal.
Enfin, la réalisation, le découpage, et l’interprétation méritent tous les éloges. Je ne peux d’ailleurs finir ce long article sans rendre hommage aux acteurs James Calis (dans le rôle de Gaïus Baltar) et Michale Hogan (dans le rôle de Saul Tigh, qui est sans aucun doute le personnage le plus humain et le plus intéressant de la série)

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