Fraizochocolat

mai 11, 2008

La fin du monde est pour demain

Classé dans : écriture — Tags : — elicad @ 3:27

J’ai souvent eu des idées de miettes de scripts pour des histoires de fin du monde. Simplement, pour ne pas tomber dans le trips “organisations barbare contre semblant de civilisation”, histoire d’être original, c’est compliqué. Ce qui fait qu’à la moindre idée apocalyptique, je laisse tomber. Ceci dit, des fois, ça donne des scènes cool (enfin dans mon esprit)

“…
Elle entendit la voiture bien avant de la voir émerger de la voie rapide. Bien sûr, c’était l’itinéraire le plus rapide pour arriver en ville. Mais elle n’avait pas vu âme qui vive depuis deux jours.
Elle eut à peine le temps de plonger la main dans son sac que le coupé s’arrêtait à sa hauteur. La vitre se baissa lentement, mais elle sut tout de suite de quel genre de personne il s’agissait : des gens qui n’avait pas encore réussi à s’y faire, et se croyait sans doute les rois du pétrole. Alors qu’il aurait été plus intelligent de choisir une voiture plus grande, plus pratique pour emprunter des routes défoncées, et qui consomme un peu moins d’essence aussi. Mais ceux-là ne l’avaient pas encore compris.
- Où tu vas toi ?
Elle les observa attentivement. Ils étaient trois, et le plus jeune devait faire la moitié de son âge. Elle n’avait pas à leur répondre. Tout ce qu’il fallait faire, c’était ne pas montrer sa peur.
- Eh, mademoiselle, réponds quoi !
Elle pouvait jouer les abruties, elle y arrivait très bien.
- Laisse tomber, dit le conducteur. Elle est trop moche !
Elle entendit un “salope” alors qu’ils redémarraient.
Elle pouvait sans doute les viser. Son arme était bien ferme entre ses deux mains, elle avait la lunette arrière de la voiture juste dans son viseur. Mais le revolver retourna au fond de son sac. Elle allait avoir besoin de toutes ses munitions en ville. Inutile de les gâcher pour des imbéciles.
En continuant à bien marcher, elle arriverait aux premiers bâtiments un peu avant la tombée de la nuit. Il aurait sans doute été plus pratique d’avoir un vélo, mais elle n’en avait pas trouvé. Par contre, elle pensait avoir bien préparé sa nuit sur place : son arme, des munitions, une lampe torche, un pied de biche. Il n’y avait pas de nourriture dans son sac. Il n’y en avait plus à la maison, toutes les réserves étaient vides, et le congélateur avait rendu l’âme deux jours plus tôt.
Etrangement, elle n’avait pas pu rentrer dans aucune des maisons du village pour les fouiller. Cela lui aurait fait l’impression de violer un tombeau ; même s’il n’y avait aucun corps à l’intérieur. Quand elle n’avait plus eu rien à manger chez elle, elle avait saisi cette chance et ce problème éthique pour essayer de rejoindre une grande ville.
Elle avait fait quelques tours dans son village, avait essayé d’entrer en communication avec quelqu’un, n’importe qui. Mais il n’y avait personne.
De temps en temps elle entendait une voiture passer, ou un motard, juste de quoi lui faire comprendre qu’elle n’était pas seule au monde. Mais elle n’avait pas envie de se retrouver la cible de fous ou d’abrutis. Qui sait ce qu’ils pouvaient bien penser d’une fille seule qui arrivait à peine à parler ? Elle avait besoin de dominer son environnement d’abord. Elle avait besoin d’observer les autres survivants. Elle ne voulait pas être prise par surprise.
Des choses horribles pouvaient arriver sinon. Comme ces crétins qui l’avaient accoster quelques minutes plus tôt, et dont elle pouvait voir la carcasse de voiture en flammes, à quelques centaines de mètres d’elle. La voiture n’avait rencontré aucun obstacle, n’était entré dans aucun poteau, ni aucun autre véhicule. Et elle gisait là, ses flammes s’élevant haut dans le ciel.
Elle n’avait entendu qu’une explosion, pas d’avertissement, de cris, rien.
Elle se laissa glisser au fond de la ravine qui longeait la route. Inutile d’offrir au propriétaire de ces flammes une autre cible.
…”

mai 4, 2008

Maybe the Moon, Armistead Maupin

Classé dans : lectures — Tags : — elicad @ 2:27

Dans ce journal intime, Cadence Roth, 79 centimètres et une trentaine d’années au compteur, raconte son existence d’actrice à Los Angeles. Elle a tenu jadis le rôle titre d’un des plus grands succès d’Hollywood, mais, déguisée en elfe, personne n’a jamais vu son visage. Le rêve de Cady est pourtant d’être une vraie actrice, de montrer son talent au monde, au-delà de sa taille. Mais on se rend très vite compte que Cady n’est qu’une paria au milieu d’autres parias (Renée, sa colocataire, trop idiote pour son beau corps ; Jeff, homosexuel trop engagé ; Niel, pianiste trop noir et trop amoureux d’une naine blanche) Confrontée l’hypocrisie crasse des agents, acteurs, producteurs hollywoodiens, Cady n’a que son énergie à donner pour les combattre. La fin du livre est ainsi particulièrement grinçante et écoeurante ; de quoi haïr à jamais le politiquement correct.

J’ai découvert Armistead Maupin il y a à peine une semaine. J’ai dévoré les deux premiers volumes des Chroniques de San Francisco et, en attendant de trouver le troisième, j’ai emprunté Maybe the Moon.
J’ai suivi avec délectation les aventures de Cady, appréciant la plume sarcastique et réaliste, volontiers cynique à certains moments, que Maupin lui prête. L’auteur se glisse si naturellement dans la peau d’une femme naine (un atout qui me laisse déjà admirative), que l’idendification et l’empathie marchent très bien. La fin n’en est que plus écoeurante (j’ai du mal à trouver un autre mot pour la définir) Loin des quiproquos, de l’aspect volontiers sitcom (dans le bon sens du terme) des Chroniques, loin, dirais-je, de la légèreté des années 70, Maupin nous plonge dans le bonheur de façade des années 80-90, ces années où le politiquement correct est devenu roi.
Maybe the Moon
est un drame, un drame à hauteur de 79 cm, mais bien plus grand que ça.

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